samedi 6 octobre 2012

En souvenir d'André


Martin Winckler est un de ces auteurs dont je ne réfléchis pas quand je vois son nom dans une librairie. Je prends le livre, comme un réflexe, et, dès que j'ai quelques minutes de libres, je plonge dedans. Je pense ne pas être la seule au vu des bandeaux énormes posés sur chacun des exemplaires de "En souvenir d'André" qui disent simplement : MARTIN WINCKLER, comme pour dire "toi-même tu sais". J'ai immédiatement arrêté ma quête de cadeau-pour-nièce et cherché une terrasse ensoleillée, le reste attendra.

Martin Wincker me fait l'effet d'un ancien amant qui vivrait très loin : à chaque occasion de le revoir, je sais qu'il va me faire du bien, à l'âme. En souvenir d'André ne manque pas sa cible.

Un homme raconte sa vie à un autre. Il a fait partie d'une des premières "unités de douleurs", il a appris à soulager les patients, à les écouter. Puis un patient, André, lui demande un jour de l'aider à mourir, paisiblement. Et d'autres ont suivi, en souvenir d'André. Et ils l'ont appelé pour choisir la fin de leur agonie avec dignité. Dans un pays où l'aide médicale au suicide est encore taboue, il a soulagé, écouté, accompagné, des dizaines de personnes, bénévolement et durant son temps libre.

Je n'en raconte pas plus car chez Winckler, découvrir qui sont les personnages est un enjeu important du récit et du plaisir de lecture. Mais oui, ce livre parle d'aide médicale au suicide, ou euthanasie, sans jamais les citer directement. Il parle d'un pays où ce serait interdit, et de la peur du médecin de se faire condamner, sans jamais dire où nous sommes (ce pourrait être le Québec, la France, la Belgique ou même les Etats-Unis, où ces débats en sont là). En Suisse, nous avons une grisaille légale qui permet à des associations comme Exit de fonctionner.

Martin Winckler, comme à son habitude, nous plonge dans le questionnement du médecin qui pratique. D'abord le questionnement de la douleur, puis du choix. Comment écouter sans juger ?Comment accompagner sans envahir ? Comment apporter la paix alors que l'on brûle de toutes ces histoires de fin de vie que l'on nous confie ? cCmment être sûr qu'ils sont sûrs ? Et, comme é son habitude, Martin Winckler transforme son soignant en patient et brouille les frontières. L'homme qui raconte sa vie est en rechute de cancer et fait appel à un autre pour qu'il l'accompagne dans ses dernières heures. Il déroule ses interrogations et les offre à son témoin. Une passation de flambeau comme on délivrerait un secret de magicien, sauf qu'il n'y en a pas de secret à part celui d'être à l'écoute et de ne pas juger.

Sur ma terrasse ensoleillée, j'ai souri, parce que la prose de Winckler c'est délicieux à lire.
J'ai pleuré, plusieurs fois.
J'ai aimé ses personnages, à qui il sait si bien donner une âme.
"En souvenir d'André" est probablement ce que j'ai lu de plus beau cette année, merci M. Winckler/Zaffran.



PS : Martin Winckler (l'auteur) et Marc Zaffran (le médecin) a un site fabuleux en particulier pour tout ce qui concerne la contraception. J'avais parlé de son précédent livre Le Choeur des Femmes.

6 commentaires:

  1. ... sans oublier La maladie de Sachs qui m'avait bouleversée. J'ai aussi aimé Le choeur des femmes mais il est plus touffu, moins épuré. Je me réjouis de lire En souvenir d'André.

    Belle journée

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    1. Merci Marie G. mais ne manque-t-il pas la première moitié de ton commentaire ?

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  2. Merci funambuline. Je suis d'autant plus ému que le livre est sorti... hier. Vous êtes donc l'une des toutes premières lectrices... Merci de m'avoir lu et d'avoir pris le temps d'écrire ceci... Martin Winckler

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    1. Merci à vous, pour vos livres, et d'avoir pris le temps de cette visite et de ce commentaire, je suis très touchée.

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  3. Merci Funambuline, j'ai hâte de le lire, je me suis sentie si démunie dans les dernières semaines de la vie de mon père l'année dernière, j'aurais tellement voulu mieux l'accompagner, exactement comme c'est dit : sans envahir. J'ai besoin d'être mieux armée pour les prochaines fois, et je suis sûre que ce livre m'y aidera. Je suis touchée que Martin Winckler t'ait apporté son commentaire... mais pas étonnée.
    Merci du fond du coeur.

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